Au café

MondeHier dimanche, comme souvent, je profite de la fraîcheur matinale pour un café/journal en terrasse. Dans les suppléments « magazine » (du journal, pas du café), le Monde propose huit pages « vélos ». Au pluriel parce qu’il s’agit surtout de présenter les « nouvelles tribus » du cyclisme actuel. Donc surtout destiné à un public béotien, mais c’est un bon indicateur des perceptions répandues (chez les lecteurs).

Un des articles offre ce titre : « le vélo, c’est un sport de dinosaures en train de devenir tendance… », ça résume assez bien l’esprit des huit pages. « Dinosaures » c’est parce qu’au Monde on est trop bien élevé pour utiliser des termes comme pue-la-sueur ou prolo, mais l’idée générale c’est bien celle d’une certaine « gentrification » qui rend la machine enfin fréquentable.  L’effort d’accord, mais avec un minimum de style.

L’autre idée, c’est celle d’un éclatement des deux anciens groupes assez homogènes (les sportifs et les cyclo-touristes) en multiples tribus avec des pratiques et des styles différents. Illustration par une série d’articles courts inspirés du jeu des sept familles : dans la famille vélo, je voudrais… Il y a donc le « papa lycra » (les sportifs traditionnels), le neveu coursier (un jeune messager urbain en « fixie »), la maman catho (sur vélo hollandais), le frère boulot (une catégorie qui monte), la sœur bobo (les légumes bio sur son porteur), et … le papy touriste, celui qui bichonne son engin traditionnel pour chevaucher crinière blanche au vent, mais qui commence à s’intéresser au VAE, âge et kilos obligent.

Ce qui transparait dans toutes ces pages, c’est l’importance prise par le mode de consommation. Tu es visible en fonction du style affiché, c’est à dire des produits qui composent ton personnage. Et ceci quel que soit ton statut réel. Ce qui me fait aussi penser que pour exister, nous ne devons pas raisonner selon ce que nous rejetons (les couraillons, le produit jetable), mais bien plus par les valeurs positives que nous pouvons représenter : le durable, le voyage lent, le savoir-faire artisanal, l’associatif constructif, etc.

En exergue d’un des articles, cette citation de Michel Audiard : « Les gens qui n’aiment pas le vélo nous ennuient, même quand ils n’en parlent pas »

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