Vous vous souvenez des cycles Méral ?

Même si leur vie fut trop courte à entendre les connaisseurs, les cycles Méral eurent le temps de marquer en profondeur les esprits cyclo-touristes. De nos jours encore, soit plus de 25 années après leur disparition, presqu’en catimini nous y reviendrons, certaines machines roulent encore, le tube fier et le chrome haut, sans usurper le qualificatif de «belle machine».

Meral 650

Pourtant, malgré une renommée justement acquise et qui ne s’est jamais démentie, la firme Méral tomba au bout de quelques années dans l’oubli. A tel point, presque cas unique, qu’au-delà de la disparition commerciale, son histoire, sa légende même furent effacées des mémoires et bien rares sont ceux qui connaissent ou ont connu l’histoire que nous allons vous conter.

Cyfac et Méral plus ou moins indirectement liés, c’est au cours des périgrinations et rencontres chaleureuses vécues lors des travaux de construction de notre nouvelle randonneuse «Cévennes» que nous avons retrouvé la trace de ces randonneuses exceptionnelles et entrepris de lever le voile couvert de poussière grise qui s’était étendu sur la production de la petite usine.

L’histoire débute en 1974 lorsqu’un industriel passionné de cyclisme fit mûrir en son fort intérieur l’idée de construire ses propres bicyclettes. L’homme, Albert Metayer de son nom, n’était pas un débutant dans le monde du vélo puisqu’il possédait une équipe cycliste amateur, la mieux structurée de l’époque disait-on dans le peloton, qui portait les couleurs de sa marque et courait sur des cycles de marque Gitane.

A l’origine, la firme Méral construisait des mécanismes de canapé-lit. Elle en construit toujours et en tapant Sedac-Meral l’internaute pourra humer l’air de la nostalgie en apprenant que cette entreprise est aujourd’hui encore leader dans le domaine de ce type de système. Mais revenons en cette année 1974. Désireux de se plonger un peu plus dans ce qui demeurait sa vraie passion à une époque où l’économie était encore prospère, monsieur Métayer se lança dans l’aventure qui consistait d’abord à équiper son équipe de vélos de sa propre marque.

Il lui fallut primo trouver des hommes et des femmes capables, dans un premier temps, de monter l’affaire puis de la faire tourner. Ce fut vers Francis Quillon que le sportif entrepreneur se tourna tout d’abord. Coureur amateur, Francis courait dans l’équipe Méral : «monsieur Metayer me prit un jour à part, déclare aujourd’hui Francis, et me dit si tu arrêtes de courir et si tu es partant je te confie les rênes de l’affaire». Ainsi furent lancés les cycles Méral, à l’issu des quelques mois nécessaires à l’organisation des locaux, à l’achat des machines, à l’embauche du personnel et à sa formation, à la conception des modèles, etc… «Ce furent à terme quelques 35 personnes qui travaillèrent chez Méral à la fabrication des cadres, à leur peinture et au montage des machines», ajoute Francis. Mais, question logique de la part d’un sixcentcinquantiste, qui fut à l’origine de ce magnifique Super Randonneur dont la ligne, l’équipement et le prix compétitif firent rêver plusieurs générations de cyclo-touristes ? «C’est moi», répond simplement Francis Quillon, comme si concevoir une machine qui connut, on le sait aujourd’hui, une telle réussite relevait simplement de la conscience de l’ouvrier modèle. «J’avais 24 ans à l’époque, je savais fabriquer des cadres, j’avais travaillé chez Manutube et puis je me suis largement inspiré des machines de haut de gamme de l’époque, Singer et autres Berthoud». Au-delà des petits problèmes relatifs au fonctionnement courant d’une usine tout baignait dans l’huile dans le meilleur des mondes cylistes pour la PME Méral et c’est jusqu’à 200 Super Randonneur qui, bon an mal an, sortaient des ateliers. En 1976, ou 1977 Francis qui avoue ne pas être un homme d’archives ne se souvient plus très bien, la machine fit même un effet boeuf au Salon du Cycle.

Vint ensuite le côté sombre de la force Méral. Non pas que la firme eut connu problèmes techniques ou financiers, non la vie, la vie tout simplement. Comment la belle histoire s’est-elle arrêtée ? «Simplement, confie un Francis fataliste, monsieur Métayer atteint l’âge de 65 ans, donc celui de la retraite et entrepris de vendre son affaire. L’usine fut cédée à Vallourec qui se trouvait intéressé par les mécanismes de canapé-lit mais se moquait éperdument des cycles Méral. Une part de l’entreprise fut donc revendue aux cycles Lejeune à une époque où cette dernière n’était déjà pas au mieux.» Entraînés dans la chute avec les cycles Lejeune, les cycles Méral s’éteignirent dans le silence et l’indifférence générale.

Emballé par le récit de Francis et trop heureux de pouvoir dialoguer avec un des acteurs professionnels du milieu du cycle de la grande époque, comment ne pas poser quelques questions d’ordre plus général quant à la cause de la Bérésina subi par les nobles et performantes boîtes françaises entre la période glorieuse des années avant 1975 et aujourd’hui ? «Les vélocistes français ont peu à peu scié la branche sur laquelle ils étaient assis, résume Francis, plutôt que de travailler sur leur savoir-faire et leur spécificité, ils ont voulu concurrencer la production asiatique et les grandes surfaces. Plutôt que d’expliquer et de promouvoir la vente du beau matériel, ils ont acheté au prix le plus bas en essayant de vendre au prix le plus haut. Mais à ce jeu, ils ont, d’une part perdu tout une capacité d’excellence qui était renommée dans le monde entier et, d’autre part, ils ont poussé au dépôt de bilan toutes les entreprises qui produisaient des matériels chers mais exceptionnels. A tel point qu’il ne reste rien aujourd’hui de la magnifique culture qui, jusqu’aux années 80, représentait l’élite technique du monde cycliste». Le discours nous fit chaud au cœur, puisqu’il se calque mot pour mot sur celui que nous rabâchons depuis la nuit des temps sixcentcinquantistes.

Anecdote pour terminer et pour adoucir la plaie du «Méraliste» meurtri par le texte ci-dessus : savez-vous d’où vient le nom Méral ? Et bien je vais vous le dire. Monsieur Métayer se prénommait Albert. Il prit donc les deux premières lettres de son nom, «Me» ainsi que les deux premières de son prénom «Al». Il intercala un «R» pour lier les deux et obtint ainsi le nom de son entreprise. Élémentaire mon cher Watson !

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